La France va-t-elle faire faillite ?
Une analyse approfondie de la situation des finances publiques françaises par Jacques de Larosière, ancien directeur général du FMI et gouverneur de la Banque de France.
Contexte économique
L'explosion mondiale de la dette depuis 2000
Depuis l'an 2000, la dette mondiale a connu une croissance sans précédent dans l'histoire économique moderne. En l'espace de 25 ans, cette dette a triplé, touchant toutes les composantes : dette publique, dette des entreprises et dette des ménages. Ce phénomène massif et unique transforme profondément les équilibres économiques mondiaux.
La France se distingue malheureusement dans cette évolution globale par une trajectoire particulièrement préoccupante. Alors que d'autres nations européennes ont réussi à maîtriser leur endettement, voire à l'améliorer après la crise du Covid, la France poursuit une spirale inquiétante qui menace sa compétitivité et son avenir économique.

Sources vérifiées
Toutes les données présentées proviennent de sources officielles : INSEE, OCDE, FMI, Banque des Règlements Internationaux. Aucune approximation subjective.
La dérive sans précédent de la dette publique française
113,9%
Dette publique actuelle
Pourcentage du PIB en 2024
59,6%
Dette en l'an 2000
Quasi-doublement en 25 ans
+76%
Augmentation totale
Progression depuis 2000
3 300Mds€
Montant total
Dette publique française
La dette publique française a littéralement explosé depuis 2000, passant de 64% du PIB à 113% aujourd'hui. Cette augmentation de 76% en un quart de siècle n'est pas le résultat d'un choc extérieur, mais d'un choix politique délibéré : stimuler systématiquement la consommation au détriment de l'épargne longue et de l'investissement productif.
Jusqu'en 2000, la France respectait globalement les critères du traité de Maastricht : moins de 3% de déficit annuel et moins de 60% de dette publique. Depuis, elle a dépassé la limite de déficit 20 fois sur 25 ans, sans jamais provoquer de débat national approfondi sur cette dérive majeure.
Triple endettement
Un endettement record dans toutes les catégories
Dette publique : 113% du PIB
Presque le double de la limite de Maastricht (60%), plaçant la France parmi les pays les plus endettés d'Europe.
Dette privée des entreprises : 214% du PIB
La France détient le secteur privé d'entreprises le plus endetté de la zone euro, avec une dette nette de 40% du PIB.
Dette des ménages : significativement élevée
10 points de PIB au-dessus de l'Allemagne et 24 points au-dessus de l'Italie.
Cette triple accumulation de dettes place la France dans une situation de vulnérabilité extrême. La combinaison de ces trois types d'endettement atteint des sommets européens, créant un cocktail dangereux qui pèse sur la compétitivité du pays et menace sa stabilité économique à moyen terme.
Le cœur du problème : la dépense publique hors contrôle
7,5 points de PIB d'écart fatal
Les dépenses publiques françaises s'élèvent à 57,5% du PIB, soit 7,5 points au-dessus de la moyenne européenne. Ce surcoût colossal est à la base de notre sous-compétitivité chronique.
Ces 7,5 points représentent une somme énorme et non rattrapable dans un marché européen concurrentiel. Année après année, nos entreprises perdent des contrats face à cette charge excessive, entraînant un recul industriel continu depuis deux décennies.

Le déficit budgétaire français atteint aujourd'hui 6% du PIB, soit le double de la limite fixée par le traité de Maastricht. Pendant 18 ans sur les 20 dernières années, la France a violé ce traité ratifié par le Parlement français et qui prime pourtant sur la loi nationale. Cette violation systématique s'est déroulée sans débat démocratique, sans explication gouvernementale transparente sur les conséquences pour les générations futures.
Alerte critique
L'augmentation vertigineuse sous l'ère Macron
50%
Hausse en 10 ans
De 90% à 113% du PIB
1 500Mds€
Emprunt total
Sur la décennie Macron
150Mds€
Par an
Emprunt annuel moyen
« Pendant les 10 années macroniennes, notre dette publique a augmenté de 1 500 milliards d'euros, soit 150 milliards par an. Y a-t-il eu un débat national sur cette explosion ? Réponse : non. Personne n'en a parlé. »
— Jacques de Larosière
Cette augmentation de 150 milliards d'euros par an est phénoménale. Pour mettre ce chiffre en perspective : le gouvernement cherche désespérément aujourd'hui des économies de 5, 10 ou 20 milliards, alors que chaque année pendant une décennie, l'État a emprunté 150 milliards supplémentaires, dans une indifférence quasi-totale.
L'absence totale de débat démocratique sur un sujet aussi crucial soulève une question fondamentale : vivons-nous réellement en démocratie lorsque les gouvernants cachent ce qu'ils font et que l'opposition politique ne réagit pas au cœur du sujet ?
L'énigme française : pourquoi cette dérive unique ?
Une trajectoire singulière
Contrairement à la Grèce, au Portugal, à l'Espagne ou à l'Italie qui ont réussi à améliorer leur situation budgétaire après la crise du Covid, la France continue de se dégrader.
Le pays n'a connu ni récession ni accident économique majeur qui justifierait une telle explosion de l'endettement. Cette dérive est purement structurelle et auto-infligée.
Des prévisions systématiquement fausses
Bercy s'est trompé de manière massive et répétée, non seulement sur les recettes (ce qui peut s'expliquer par les aléas conjoncturels), mais surtout sur les dépenses — ce qui est beaucoup plus grave.
  • 2022 : 95 milliards de dépassement
  • 2023 : 27 milliards de dépassement
  • 2024 : 32 milliards de dépassement
Un déni institutionnel
Face à ces erreurs répétées, au lieu de reconnaître le problème, on a créé un « conseil scientifique » tout en affirmant que « les services de Bercy ont néanmoins parfaitement fait leur travail ».
En France, il n'y a jamais de responsable. Cette culture du déni empêche toute correction de trajectoire.

Une question sans réponse
Pourquoi la France a-t-elle laissé se dégrader ses finances publiques sans accident économique majeur, alors que d'autres pays européens ont réussi à les améliorer ? Cette énigme reste au cœur de notre crise.
Coût explosif
La charge de la dette : une bombe à retardement
1
2019
38 milliards € de charge annuelle d'intérêts
2
2024
60 milliards € — Début de l'envolée
3
2025
73 milliards € — Accélération
4
2026
90 milliards € — Près de 3% du PIB
5
2027
100 milliards € — Record historique
La charge annuelle des intérêts de la dette publique française est en train d'exploser. En 2027, elle atteindra 100 milliards d'euros, soit 3% du PIB. Ce montant dépassera largement le budget de l'Éducation nationale (76 milliards €) et constituera la plus grande dépense publique de la nation.

L'équation existentielle de la France
Comment une économie qui peine à croître au rythme de 1% par an peut-elle extraire 3% de son PIB pour payer uniquement les intérêts de sa dette ?
La réponse est simple et terrifiante : c'est impossible. Face à cette impossibilité mathématique, le gouvernement français a choisi une solution désastreuse : emprunter davantage pour payer les intérêts de la dette passée. Nous sommes ainsi entrés dans une spirale d'endettement exponentiel dont il sera de plus en plus difficile de sortir.
Une solution existe : le plan de redressement sur 10 ans
Objectif : rattraper les 7,5% de PIB
Réduire l'écart de dépenses publiques avec la moyenne européenne pour restaurer la compétitivité française.
Méthode : 15 milliards € par an
Réduction annuelle de 0,5% du PIB, soit 15 milliards d'euros, pendant 10 ans. Un effort modeste mais constant.
Cible : le non-social uniquement
Possibilité démontrée mathématiquement de rattraper le retard sans toucher aux dépenses sociales (retraites, santé).
Effet vertueux : croissance retrouvée
La libération de ressources irrigue le secteur privé et booste la croissance, facilitant l'ajustement.
Les leviers d'action concrets
  • Non-remplacement systématique des fonctionnaires : Remplacer seulement 50% des agents publics partant à la retraite (sauf personnels soignants). La France a 1 million d'agents publics de plus que l'Allemagne, qui compte pourtant 15 millions d'habitants supplémentaires. Économie : 5 milliards €/an.
  • Réforme de l'apprentissage : La France dépense 10 milliards € de plus que l'Allemagne pour un service rendu infiniment plus faible. Rationalisation possible : 10 milliards €/an.
  • Optimisation des services publics redondants : Identification et élimination des doublons administratifs et des dépenses non productives.

Bonne nouvelle
Ce plan de sortie de crise est mathématiquement réalisable et a été vérifié par des experts indépendants.
Contrairement à ce que prétend la « trajectoire de Bercy », qui propose de maintenir le niveau des dépenses publiques en termes réels (augmentation de 1,6% en nominal), ce plan vise à réduire effectivement le poids de l'administration. Maintenir le monstre administratif dans toute sa plénitude ne permettra jamais de restaurer la compétitivité française.
Urgence absolue
La dérive actuelle : vers la catastrophe ou le sursaut ?
Les récents dérapages parlementaires
Les dernières semaines à l'Assemblée nationale ont anéanti tout espoir de redressement sérieux :
  • Budget de la Défense : +4 milliards €
  • Amortissement de la dette : +4 milliards €
  • Sécurité sociale : +5 milliards € de déficit approuvé
  • Mesures sociales diverses : plusieurs milliards supplémentaires
Total : 10 à 12 milliards de dépassements, alors qu'il faudrait économiser 15 milliards.
Un choix de société fondamental
Le choix est clair : continuer dans le déni et la dérive budgétaire incontrôlée, ou accepter un effort modeste mais constant pour sauver l'avenir du pays.
Sans action rapide, les marchés finiront par exiger des taux d'intérêt insoutenables. Le moment de la catastrophe financière est imprévisible, mais les signaux d'alerte sont déjà là : 50% de notre dette est détenue par des non-résidents, notre notation a été dégradée, et notre écart de taux avec l'Allemagne continue de se creuser.

Conclusion : un avenir encore possible
« J'ai 96 ans et je suis irrité de voir que dans cette situation dramatique, alors que nous avons les solutions techniques à portée de main, nous continuons dans une débauche de dépenses publiques. Il s'agit de la France, il s'agit des jeunes qui vont avoir à payer tout ça. »
— Jacques de Larosière
Le redressement est techniquement possible avec un effort annuel de 15 milliards d'euros (0,5% du PIB) pendant 10 ans, concentré sur l'optimisation administrative sans toucher au social. Cette trajectoire permettrait de retrouver la compétitivité, de stabiliser la dette, et de relancer la croissance grâce aux effets vertueux de la libération de ressources vers le secteur privé.
Mais ce redressement exige une volonté politique aujourd'hui absente. La déliquescence du pouvoir est totale : un président qui ne remplit pas son rôle de garant du cap stratégique, un gouvernement sans vision, et une Assemblée nationale divisée qui privilégie les mesures électoralistes à court terme plutôt que l'intérêt national à long terme.
Le temps presse. Chaque année de retard aggrave la situation et réduit nos marges de manœuvre. La France peut encore éviter la faillite et retrouver sa prospérité, mais cela nécessite un sursaut démocratique et un courage politique qui font cruellement défaut aujourd'hui.
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